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Juillet 2011

 

 

 

 

La rébellion des masses arabes contre des régimes corompus et autoritaires conduira-t-elle effectivement à l’affirmation de la démocratie et au développement social et économique de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient ?

De nombreuses inconnues empêchent encore de donner une réponse définitive à cette question. Mais trois d’entre elles l’emportent particulièrement sur les autres : la précarité persistante du cadre politique, économique et financier mondial ; la fragilité évidente de la perspective d’intégration à l’échelle régionale nord-africaine et inter-régionale euroméditerranéenne ; la capacité des Européens à proposer un plan de co-développement euroméditerranéen.
Les faits établis dont on part ne sont pas encourageants. La première inconnue est trop commune et débattue pour qu’il soit nécessaire de l’approfondir ultérieurement ici : il suffit de rappeler qu’il ne se passe pas un jour sans qu’on pousse un nouveau cri d’alarme sur l’état du monde. En revanche, il vaut la peine de s’arrêter sur les deux autres, surtout du fait qu’elles ne sont pas généralement analysées avec l’attention qui leur est due et que, ce faisant, la politique risque de perdre le contact avec la réalité – comme c’est du reste en train de se produire en Europe au sujet de la crise de la Méditerranée.

Pour ce qui concerne l’intégration intrarégionale en Afrique du Nord et interrégionale avec l’Europe, le tableau est très clair : il suffit de parcourir les données fournies par les agences de l’ONU et celles des commissions de travail de l’Union africaine pour voir que les économies des pays de l’Afrique du Nord et du Moyen Orient ne sont pas intégrées entre elles et que les intégrer implique de disposer d’un projet de dimensions et d’une durée considérables. Si l’on exclue le pétrole, l’Afrique du Nord dispose d’une capacité d’exportation qui, dans son ensemble, est encore à peine comparable à celle de la Suisse. Tandis que le commerce intrarégional entre les Etats de l’Union du Maghreb arabe (UMA), une des huit Communautés économiques régionales (CER) reconnues par le Traité d’Abuja de 1991 pour la création de la Communauté économique africaine, dans l’espace de quarante ans, compte seulement pour trois pour cent du commerce de l’UMA tout entière (une part insignifiante par rapport, par exemple, à celle enregistrée dans l’ASEAN, où le commerce intrarégional compte au moins pour un quart du total). Ni l’action de la Ligue arabe, ni celle de l’Union africaine, ni, encore moins, les projets de coopération promus jusqu’à présent par l’Union européenne, n’ont donc été en mesure de changer la situation d’une manière significative, durant les vingt dernières années. Le tableau n’est pas meilleur si l’on considère l’état de l’intégration entre la rive sud de la Méditerranée et les pays européens, dans la mesure où les principaux domaines commerciaux entre les deux restent exclusivement consacrés au brut et au gaz.

Pour ce qui concerne, en revanche, le rôle des Européens, il apparaît aux yeux du monde entier comment l’Europe, au lieu de travailler à dénouer les problèmes cruciaux relatifs à l’intégration, agit le regard tourné vers un passé désormais révolu, lorsque certains pays européens pouvaient faire valoir un rôle de leadership en Méditerranée et lorsque les Etats Unis étaient disposés à protéger les intérêts européens. C’est à cause de cette myopie politique que l’intervention militaire en Lybie pour des objectifs humanitaires s’est transformée en une aventure sanglante et en une nouvelle vague de réfugiés pour la région (la Tunisie et l’Egypte ont dû accueillir près d’un million de réfugiés, contre quelques dizaines de milliers accueillis par l’Europe). Et c’est toujours à cause de cette myopie que les Européens sous-évaluent les implications stratégiques de la crise du régime en Egypte, pays charnière entre les régions du Maghreb et du Mashrek et le plus important par son poids démographique et son influence politique dans le monde arabe.

* * *

Quelles conséquences tirer de ce tableau ? Il est évident que l’avenir de la paix, du progrès social et économique et de la démocratie dans la Méditerranée, dépendent de la capacité des Européens à ouvrir un processus d’intégration euroméditerranéenne effective, dans le cadre de laquelle les projets d’union intrarégionale et un plan de co-développement entre les deux rives de la Méditerranée, peuvent être concrètement soutenus. Mais, à son tour, cette capacité des Européens dépend de leur volonté politique à agir comme sujet unique, et non plus comme Anglais, Français, Allemands ou Italiens.

C’est justement cette volonté qui ne s’est pas manifestée jusqu’à présent. Il existe cependant un terrain, celui de l’énergie, sur lequel les Européens seront contraints de faire des choix stratégiques, sous peine de voir la fin de toute perspective réaliste de soutenir le développement et la croîssance de leur propre société, de leurs économies et de leur capacité de production pour les prochaines décennies. Il s’agit de choix qui ne pourront pas faire abstraction, d’une part d’un projet politique européen précis, et de l’autre, d’un plan concret de coopération avec les pays de l’Afrique du Nord et du Moyen Orient. Les aspects techniques de ce plan sont déjà connus, mais le cadre politique dans lequel il peut être réalisé doit encore être défini. A partir de 2009, beaucoup d’entreprises et de groupes financiers européens, surtout allemands (comme la Deutsche Bank, E.ON, RWE, Siemens), ont initié un projet énergétique particulièrement ambitieux, le DESERTEC, basé sur l’exploitation sur une grande échelle de l’énergie solaire et éolienne à produire en Afrique du Nord pour répondre à des quotas croissants de consommation électrique à la fois des pays africains et européens. Après l’accident à la centrale nucléaire de Fukushima et la décision du gouvernement allemand de renoncer au nucléaire, la réalisation de ce projet est devenue encore davantage d’actualité pour les Européens. Le problème c’est que réaliser DESERTEC implique de financer la construction d’infrastructures pour un coût d’environ quatre cents milliards d’euros au cours des quarante années prochaines et d’impliquer plus de trente gouvernements de pays aussi bien européens qu’africains ; cela pour couvrir, d’ici 2050, la demande prévisible d’électricité d’une grande partie des pays d’Afrique du Nord et du Moyen Orient et d’au moins 15 pour cent de celle des Européens, grâce à un réseau de centrales photovoltaïques et éoliennes interconnectées entre elles de la Mer du Nord à la chaîne montagneuse de l’Atlas, en passant ensuite par le golfe de Lybie jusqu’à la Mer Rouge et l’Océan Indien. Un tel effort sera-t-il compatible avec les développements politiques du “ printemps arabe ” ? Et en tout cas, qui coordonnera et comment, la réalisation de cette cathédrale énergétique complexe, dans les déserts africains, dans l’optique de satisfaire les besoins des générations futures, européennes et arabes ?

Pour répondre à ces questions, il est inévitable de se référer au Plan Marshall et au rôle qu’il joua dans la contribution à la reconstruction de l’Europe après la seconde guerre mondiale. Un plan Marshall envers les pays arabes, promu et soutenu par les Européens, serait certainement nécessaire. Mais il ne suffit pas de l’évoquer. Il faut avant tout promouvoir la réalisation des deux prémisses qui furent indispensables à la réalisation de ce plan et dont, même aujourd’hui, on ne peut pas faire abstraction. Ces prémisses consistaient, selon le discours historique prononcé en 1947 par le Général Marshall, dans l’affirmation catégorique et publique – sur la base de la reconnaissance de l’intérêt américain majeur à l’égard de la renaissance européenne – de la volonté du gouvernement des Etats Unis d’Amérique d’aider les Européens et de la disponibilité de ces derniers pour élaborer un projet commun entre plusieurs pays.

Eh bien, le gouvernement des Etats Unis d’Europe n’existe pas encore. C’est pour cela qu’aucune volonté européenne réelle et efficace ne peut se manifester. D’autre part, les politiques nationales européennes sont destinées à continuer à diviser les pays arabes, au lieu de les unir. Tant que l’action des Européens sera basée sur les politiques nationales, il ne pourra donc y avoir aucun plan Marshall en Méditerranée d’un point de vue européen.
En conclusion, pour que les révolutions arabes réussissent, il faut que les Européens entreprennent à leur tour, et au plus vite, la révolution fédérale européenne. C’est seulement en manifestant la volonté de dépasser définitivement les souverainetés nationales et en accomplissant les premiers pas concrets envers la création d’un Etat fédéral européen – même si, au départ, seul un groupe pionnier de pays membres de l’UE voudra assumer une telle initiative –, que les Européens pourront contribuer promouvoir un tournant historique dans les rapports entre les deux rives de la Méditerranée et inaugurer une nouvelle ère de coopération entre plusieurs continents.

Publius

 

 


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